Le GRIEME et le DAFFODIL dans le Paris Normandie

Dans son édition du 17 mars 2021 le Paris Normandie nous parle de l’ambitieux projet du DRASSM sur le DAFFODIL. A LIRE ICI ou ci dessous

 

Mis en ligne le 17/03/2021 à 07:42

Au large de Dieppe, les plongeurs placent l’épave du « Daffodil » sous surveillance

Marine. Installés en août dernier sur l’épave du « Daffodil » au large de Dieppe, les premiers échantillons des anodes sacrificielles ont été prélevées afin de mesurer la vitesse de corrosion du métal.

L’étude de la vitesse de corrosion des épaves métalliques coulées en mer est très attendue par tous les ports disposant d’installations subaquatiques et souhaitant allonger leur longévité en s’équipant en conséquence d’un procédé électrochimique appelé « anode sacrificielle ». Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), dépendant du ministère de la Culture, basé à Marseille, a mis en place un projet intitulé SOS (« Save our shipwrecks » : sauvez nos épaves) en août 2020, en plaçant des séries d’anodes sacrificielles sur l’épave du HMS Daffodil, coulé en 1945. Un premier prélèvement d’échantillons de ces anodes a été effectué la semaine dernière au large de Dieppe, avec le concours des plongeurs du Groupement de recherche et d’identification des épaves de Manche Est (Grieme).

 Les moules indiquent la pollution

« Nous avons pu faire quatre plongées sur le Daffodil avant que la météorologie et un coup de vent ne s’en mêlent, précise Lila Reboul, du Drassm. Le Grieme nous apporte le soutien logistique et leurs plongeurs connaissent parfaitement les lieux. Nous avons pu faire tous les prélèvements prévus pour notre mission et un peu de maintenance sur le site immergé. »

Sur la plaque disposée sur la coque du bateau anglais, la première rangée d’échantillons a été récupérée. Sur chacune de ces rangées, la moitié subit la corrosion naturelle et l’autre moitié est protégée par des mini-anodes. Les échantillons sont envoyés directement dans trois laboratoires afin d’analyser la biologie, les produits de corrosion et l’impact sur la protection cathodique : il s’agit de A-Corros, société basée à Arles, spécialisée dans la corrosion, notamment submarine ; le Lapa (laboratoire archéomatériaux et prévision de l’altération) situé à Gif-sur-Yvette (Essonne) ; et l’université de Pau. « Nous avons également prélevé des moules. Ces mollusques sont des indicateurs de pollution, continue Nathalie Huet, du Drassm. La décomposition des anodes engendre une légère pollution résiduelle et il est important de mesurer son impact. Ce qui est étonnant, c’est la vitesse de la corrosion. Rien que sur les quelques jours où nous sommes restés sur le site, nous avons pu observer des modifications sur les échantillons qui ne sont pas protégés par les anodes. La flore n’attend pas pour prendre possession des lieux et nous constatons une variation de la faune, chose qui n’a pas encore été étudiée. »

Pratique

Deux épaves sélectionnées

Le Drassm a sélectionné deux épaves pour mesurer la vitesse de corrosion du métal : le « HMS Daffodil » au large de Dieppe et le « Liban » au large de Marseille.

Le « Daffodil » est un transporteur de trains – Train Ferry n° 3 – mis en service en 1917, long de 110 mètres, lors de la Première Guerre mondiale. Une fois démobilisé, il a poursuivi sa mission dans la vie civile avant d’être remobilisé en 1940 par la Royal Navy. Le 17 mars 1945, le « Daffodil » est parti de Dieppe et a sauté sur une mine, faisant quatre morts.

Le « Liban » est un paquebot de 90 mètres qui a coulé le 7 juin 1903 à la suite d’une collision avec un autre bateau, « l’Insulaire », au large de Marseille. L’accident aurait causé la mort d’une centaine de personnes.

Le Grieme sentinelle du site

Basé à Marseille, le Drassm se rapproche des associations locales de plongeurs afin de surveiller les épaves étudiées. Les plongeurs normands du Grieme ont été choisis pour cette mission.

« Comme nous sommes basés à Marseille, nous ne pouvons pas matériellement venir tout le temps sur site, explique Lila Reboul. À Dieppe, nous avons fait appel au Grieme pour devenir les sentinelles locales de notre étude. Les plongeurs connaissent très bien le site et s’y rendent régulièrement, d’autant qu’elle est relativement accessible. Ils vont souvent inspecter les lieux et éventuellement replacer une plaque qui aurait bougé. Ils prennent aussi des photographies qu’ils envoient au Drassm entre nos visites qui ont lieu tous les six mois. »

Le Drassm fait aussi confiance aux plongeurs amateurs, respectueux de l’environnement. « Nous avons une adresse Internet sur laquelle nous pouvons recueillir toute information ou photographie. Tous ces documents permettent de constater l’évolution de la biologie et de la faune qui vient habiter dans l’épave. »

 Une saga en plusieurs tomes

Rappelons que les plongeurs du Grieme sont expérimentés et visitent les épaves des bateaux qui ont coulé. Au travers des quatre tomes de leur Saga des épaves, ils racontent l’histoire de ces navires de commerce ou de guerre qui ont connu un destin funeste. Pierre-Yves Lepage, l’un des plongeurs, et toute son équipe de plongeurs historiens préparent le tome 5 avec de nombreuses surprises et une correction sur l’emplacement exact du chalutier Espérance, coulé le 17 août 1917. « Nous l’espérons pour la fin de l’année. Notre mission avec le Drassm est également essentielle pour assurer la longévité des épaves intéressantes en mer. Elles font partie de notre histoire. »

Infos pratiques

Toute information peut être remontée à l’adresse : sentinelles.epaves@gmail.com

Loïc Potier

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